Liberté

pour Öcalan!

Abdullah Öcalan est la figure de proue du mouvement de libération kurde en Turquie. Il a été enlevé en 1999 au Kenya et fut ensuite déporté en Turquie. Initialement condamné à mort, la sentence fut convertie en peine de prison à perpétuité. Il est depuis emprisonné en isolement total sur l’île d’Imrali. Öcalan a depuis lors appelé à plusieurs reprises à une cessation des hostilités et s’est prononcé en faveur de pourparlers de paix afin de trouver une solution politique à la question kurde. Les kurdes veulent la paix, la démocratie et la fin de l’oppression politique et culturelle.

Dans des villes dans l’est de la Turquie, tel que Cizre, Sur et Sirnak, des quartiers entiers ont été la cible de tirs et de bombardements, tuant des centaines de civils – dont également des personnes âgées et des enfants. En ce moment, dans les régions du sud-est de la Turquie, de nombreux villages et bourgs vivent sous l’état de siège. Plus de 70 bourgmestres ont été arrêtés ou demis de leur fonction. Il suffit qu’ils se prononcent en faveur de pourparlers de paix et de négociations avec le mouvement de libération kurde pour être taxé de terrorisme. En même temps, la répression en direction des journalistes, des activistes féministes et des syndicalistes s’est généralisée et bon nombre d’entre eux ont été arrêtés ou intimidés. Les syndicats d’industrie sont soit interdits soit exposés à la répression. Ce ne sont donc pas seulement les kurdes qui sont la cible d’une campagne de terreur d’état qui écrase toute tentative de démocratisation du pays.

De sa cellule, Abdullah Öcalan a proposé en 2012 une feuille de route pour la paix. Il a appelé à cesser la lutte armée pour prendre le chemin de la liberté et de la démocratie dans le respect des frontières actuelles de la Turquie. En 2013, un cessez-le-feu a été appliqué afin de libérer un espace pour une solution politique et négociée. En 2014, le Parti Démocratique des Peuples a été fondé (HDP) au moment où les premiers pourparlers avaient lieu. Le HDP est un parti multiculturel et laïque au sein duquel des turcs, kurdes, arméniens ou les descendants des communautés grec-orthodoxes collaborent étroitement. Le HDP a obtenu 15% des voix en 2017 devenant l’expression politique de minorités culturelles et des forces de gauche, écologistes et féministes.

Simultanément, les Kurdes de Syrie ont joué un rôle de premier plan dans la défaite de l’Etat Islamique. Le président de la Turquie Erdogan a utilisé l’Etat islamique comme arme contre le régime d’Assad. Toutefois, l’influence grandissante des kurdes de Syrie a conduit le président de la Turquie à mettre un terme aux pourparlers pour attaquer ensuite les kurdes. La Turquie a les terroristes de l’EI circuler librement afin qu’ils puissant commettre des attentats sur des progressistes turcs et kurdes. A Suruç, en 2015, des dizaines de jeunes sont morts lors d’un attentat suicide commis par un djihadiste. La même année, des dizaines de syndicalistes ont été tués lors d’un attentat lors d’un meeting de masse du HDP à Ankara. Au même moment, des villages ont été bombardés tandis que les milices kurdes ont été attaquées dans les montagnes d’Irak et de Turquie.

La Turquie est un pays avec des bas salaires qui accueille un grand nombre centres de production d’Europe, tant dans le secteur du textile, de la confection que dans le secteur automobile. Ce pays est également une destination importante pour le tourisme venant d’Europe. Entretemps, la Turquie est devenue une dictature qui réprime tous les démocrates. Malgré les attentats, le HDP a encore obtenu 14% lors des élections de 2016 et 2017. Mais après l’échec du coup militaire contre Erdogan, ce dernier en a profité pour réduire les libertés démocratiques à zéro. Depuis lors, la presse indépendante est muselée et les avocats sont arrêtés. Dans les faits, malgré l’adhésion à l’OTAN, Erdogan a cherché à se rapprocher de la Russie et de Poutine. L’économie est dans un état de convalescence avec une inflation à deux chiffres et un pauvreté galopante. Erdogan cherche à imposer la Turquie comme une puissance régionale et il met l’UE sous pression en menaçant d’ouvrir la frontière pour les deux millions de réfugiés qui vivent sur son territoire.

Pour la paix et la démocratie

Les syndicats britanniques ont pris les devants pour mener une campagne en faveur de la libération de Abdullah Öcalan. Tout comme Nelson Mandela, Öcalan a été condamné pour terrorisme et subit un emprisonnement à vie. En Afrique du Sud, il existait un régime d’apartheid, fondé sur la ségrégation sur base de la couleur de peau. En Turquie, il existe une politique assimilationniste qui nie les droits culturels des communautés Kurdes, Arméniennes ou Grecs. Ce sont deux formes de racisme d’Etat tout aussi inacceptable l’une que l’autre et c’est pourquoi la comparaison avec Nelson Mandela n’est certainement pas exagérée.  

 

 

Aujourd’hui, nous soutenons le combat des kurdes pour leurs droits culturels ainsi que leur combat pour la paix et la démocratie au Moyen-Orient. Nous devons soutenir les forces démocratiques qui se battent contre l’Etat Islamique. Nous devons également soutenir les forces démocratiques en Turquie. Cela signifie que nous soutenons leur appel pour que cesse la terreur d’Etat et la violence. La volonté pour reprendre des pourparlers de paix est présente parmi les kurdes et nous appelons l’Europe et les gouvernements des pays-membres à soutenir également cet appel. Les libertés démocratiques doivent être restaurés, tant pour les syndicalistes que pour les membres de mouvements féministes, écologistes ou citoyens. Les journalistes, les avocats doivent à nouveau pouvoir exercer librement leur métier tandis que les élus doivent pouvoir représenter celles et ceux par qui ils ont été élus.

Ceci signifie aussi que nous soutenons l’appel en faveur de la libération d’Abdullah Öcalan. Öcalan n’est pas favorable au séparatisme mais plaide en faveur d’une réforme profonde de la Turquie et du Moyen Orient. Le confédéralisme démocratique qu’il défend est un projet qui respecte les frontières existantes tandis que l’action menée vise le développement d’une société démocratique, laïque, multiculturelle et égalitaire pour les femmes et les hommes. Ce projet avait pris forme au Nord-est de la Syrie (Rojava). Malgré la guerre, l’invasion de la Turquie à Efrin et les attentats des djihadistes, un autogouvernement multi-ethnique et démocratique a pu se consolider depuis près de 7 années. Récemment, cette région a été attaquée directement par la Turquie qui a su obtenir, après le retrait de forces militaires des USA, le contrôle d’une large zone frontalière en territoire syrien. La Russie a laissé faire et le régime syrien d’Assad tente désormais de restaurer son pouvoir.

Cet appel a reçu un large soutien de la confédération syndicale TUC, ainsi que de syndicats de branche tells que UNITE, PCS, RMT, GMB ou les syndicats des sapeurs pompiers, de l’éducation et des journalistes. Les signataires de cet appel s’engagent à défendre la libération d’Abdullah Öcalan en soutiennent l’action en faveur d’une démocratisation de la Turquie et le respect des droits sociaux comme des droits des minorités ethniques et culturelles.